ILLUSTRATION : Alice

 

— Docteur, c’est terrible, toutes les nuits, au fond de ma chambre, je vois un crocodile !

— Ce n’est rien ! dit le psychiatre. Prenez deux de ces cachets tous les soirs et ça passera.

Mais huit jours plus tard, le patient revient :

— Docteur, faites quelque chose, maintenant je vois le crocodile au pied de mon lit !

— Avalez quatre cachets, c’est radical.

Huit jours après :

— Docteur, voilà que le crocodile est chaque nuit dans mon lit, maintenant !

— Eh bien, prenez dix cachets !

Et il n’entend plus parler de son malade.

Un mois plus tard, par curiosité professionnelle, il téléphone au domicile du type et le demande.

— Comment ? Mais, Docteur, vous ne savez donc pas ? Il est mort le mois dernier, mangé par un crocodile !

 

Dans cette histoire, le praticien a omis, dans son analyse initiale, un détail important : le contexte dans lequel survient le problème du patient. En effet, si l’on apprend finalement qu’il est veilleur de nuit à la ferme des crocodiles de Pierrelatte, la fin de l’histoire aurait été moins drôle mais l’issue plus heureuse !

Un préalable à toute prise en charge en thérapie cognitive et comportementale est la réalisation d’une analyse fonctionnelle ou comportementale. Les comportements problématiques sont listés et, avec le patient, une priorisation est proposée.

Comme Jacques Van Rillaer l’explique dans son livre la nouvelle gestion de soi, l’équation comportementale de la personne est alors élaborée en suivant, par exemple, la grille d’analyse « SORC » : Stimulus 🡺Organisme 🡺Réponse 🡺Conséquence interne ou externe.

Ainsi, une personne (organisme) souhaitant stopper son tabagisme peut, lors d’une soirée festive, au contact d’autres fumeurs (stimulus) avoir envie de fumer (réponse cognitive), en éprouver de la honte (réponse émotionnelle) mais « piquer » des cigarettes à d’autres convives (réponse comportementale). La réponse émotionnelle peut avoir été précédée d’une pensée automatique, par exemple : « J’arrêterai demain ». La conséquence de ces réponses, c’est que la personne continue à fumer, ce fait entraînant à son tour différentes réponses.

Cette étape d’analyse est primordiale. L’idée centrale est qu’un changement de comportement n’est possible qu’après avoir analysé un processus.

 

Pour compléter sur le sujet de l’analyse fonctionnelle

 

Des copains sortent de discothèque à 4 heures du matin. L’un d’eux est complètement ivre. Au moment d’entrer dans sa voiture, il s’écrie :

— Oh, les salauds, ils m’ont tout piqué ! La radio, l’allume-cigare… j’ai même plus de tableau de bord ni de volant ! Ils m’ont même volé le levier de vitesse !

Mais, son ami le rassure :

— Calme-toi, t’es assis à l’arrière.

 

Cette blague illustre, d’une autre façon, comment l’interprétation du contexte peut aboutir à des émotions bien différentes.