ILLUSTRATION : MUZO
Greenburg, dans son livre How to be a Jewish Mother et repris par Paul Watzlawick, raconte cette histoire :
Offrez à votre fils deux cravates différentes. La première fois qu’il en portera une, regardez-le avec amertume et dites : « Je savais bien que tu n’aimerais pas l’autre. »
Qui ne s’est jamais trouvé dans une situation dont on ne parvient pas à se sortir ? Parfois, c’est à cause d’injonctions opposées et incompatibles que la personne se sent incapable de prendre une décision. Que peut faire le fils ? Quelle que soit la cravate portée, la mère sera mécontente ! La prise de conscience de cet état de fait peut être utile. Il est alors possible de recourir à la technique de résolution de problème envisagée un peu plus loin. Je pense aussi à cette patiente profondément déprimée. Tout en souhaitant aller mieux, elle est exagérément inquiète à l’idée de prendre un traitement antidépresseur en pensant aux intolérances possibles. Comment faire pour sortir de cette impasse ? Probablement en utilisant des métaphores comme celle-ci : « La dépression est une maladie qui entraîne une intense douleur morale, si vous aviez une douleur physique intense, pensez-vous que vous refuseriez de prendre un antalgique puissant, bien qu’ayant aussi de possibles effets secondaires ? ». On peut aussi évoquer la possibilité que la patiente n’accepte pas le diagnostic de dépression et donc de maladie. C’est le temps passé à questionner, à comprendre nos patients, qui permettra de les faire cheminer.
Les situations d’injonction paradoxale permettent aussi d’évoquer un outil thérapeutique : il s’agit des interventions paradoxales. Paul Watzlawick dans son livre Changements, paradoxes et psychothérapie en donne des exemples ; il évoque le problème de l’insomniaque : « Il est caractéristique de l’insomnie de se mettre dans un paradoxe du type “soyez spontané” ; il s’efforce de provoquer un phénomène naturel et spontané par un acte de volonté… » Autrement dit, il est contre-productif de se forcer à dormir. Les thérapies cognitives et comportementales abordent le problème de l’insomnie, notamment par d’autres techniques, également abordées dans cet ouvrage. L’autre exemple cité dans ce livre est celui de l’orgasme et de l’érection. L’auteur explique : « Une érection ou un orgasme sont des phénomènes spontanés ; plus on les attend, plus on les désire, plus on les recherche, moins ils ont des chances de se réaliser. En fait, un bon moyen de faire échouer une rencontre sexuelle consiste à en projeter et à en programmer tous les détails ». Un des premiers conseils en sexologie est paradoxal et consiste à proposer aux personnes souffrant de troubles sexuels de commencer par une phase initiale interdisant la finalisation de l’acte sexuel au profit de moments centrés sur la sensualité et le jeu.
Ainsi, parfois, devant un problème non résolu, il peut être utile de tenter une solution très différente, voire paradoxale. À méditer.