ILLUSTRATION: MUZO

Sous les fenêtres d’une clinique psychiatrique, un automobiliste fait une embardée mais réussit à s’arrêter. Il s’aperçoit qu’une de ses roues est dévissée. Les écrous sont introuvables. Il est désespéré lorsqu’il voit un pensionnaire de la clinique au balcon, franchement rigolard. Il commence par l’insulter de se réjouir ainsi du malheur des autres. Et le fou de lui dire :

— Ce n’est pas ça… mais si tu avais un peu de jugeote, tu dévisserais un écrou à chaque roue, tu t’en servirais pour remonter celle qui est partie, et tu roulerais doucement jusqu’au prochain garage.

— Ah ouais… génial ! Mais tu n’es donc pas si fou que ça toi !

— Ah mais c’est qu’être fou, c’est une chose et être con, c’en est une autre !

 

 

Dans Tais-toi, un film de Francis Weber, Quentin (de Montargis) – incarné par Gérard Depardieu – est un gentil délinquant un peu juste d’esprit. Il crée, au sein de la prison, tout un tas de problèmes. Le directeur de la prison n’en peut plus et veut le faire hospitaliser en psychiatrie. André Dussolier, le psychiatre, examine Quentin (de Montargis). À la suite de cette consultation, le psychiatre et le directeur discutent ensemble :

— Désolé, je ne peux pas le prendre.

— Oh non, ne me dites pas ça !

— Je l’ai bien examiné, il n’est pas fou, c’est un petit mental qui a une incapacité totale à s’extraire du présent.

— Parlez clairement, Docteur.

— D’accord, en clair, il est incroyablement con !

— Docteur, il faut me débarrasser de lui, je suis sûr qu’il serait mieux à l’asile.

— C’est un asile de fous, pas un asile de cons. Il faudrait construire des asiles de cons mais vous imaginez un peu la taille des bâtiments !

 

Cette histoire et cet extrait de film (que je vous conseille, si un jour vous n’avez pas le moral !) rappellent que le mot « fou » est souvent utilisé dans les blagues et dans le langage courant. Le terme « folie » ne correspond à rien de précis et son utilisation entretient des représentations sociales erronées de la maladie mentale. Ainsi, dans différents pays, des programmes de lutte contre la stigmatisation en santé mentale sont mis en place de manière à faire mieux connaître les troubles psychiques. Une conception multifactorielle de la maladie mentale permet déjà de mieux comprendre les troubles mentaux. Comme dans le cas de nombreuses maladies, la causalité est souvent complexe à mettre en évidence : génétique, biologique, environnementale, développementale, infectieuse, ou immunologique… Parler et agir sur les facteurs de risque d’une maladie sont une manière pédagogique d’expliquer un trouble ou une affection afin d’en améliorer les conséquences ou d’en guérir. Le paradigme des soins a aussi évolué passant d’une conception asilaire à un traitement ambulatoire intégrant idéalement le patient dans la société (pour plus de précisions, consulter le rapport de l’OMS de 2008). Les programmes de réhabilitation et de remédiation cognitive complètent les prises en charge thérapeutiques. L’évolution positive du regard de la société sur la maladie mentale pourrait également permettre de diminuer le risque de l’autostigmatisation du patient. Par effet de conséquence, nous pourrions espérer encourager les patients réticents à consulter pour cette raison, à améliorer l’accès aux soins, l’observance des thérapeutiques et le suivi.