Pendant les études de médecine, les connaissances à acquérir sont tellement considérables que la place pour la psychologie médicale et l’apprentissage de la relation médecin-patient est réduite à quelques cours. Lorsque j’ai commencé médecine, cette place était d’ailleurs proche de zéro, nous ne pouvions que nous référer à la façon de faire de nos ainés. Il était assez clair que certains médecins se débrouillaient mieux que d’autres dans l’aspect relationnel et que d’autres avaient plus de difficultés, au point que l’engagement du patient dans sa prise en charge en était parfois affecté. 

 

Je vais tenter, au travers de quelques exemples, de vous montrer que la prise en compte de la psychologie du patient (son fonctionnement), est un aspect fondamental qui ouvre vers une bonne relation soignant/soigné, une meilleure prise en charge thérapeutique, une aide importante pour rejoindre une Valeur Fondamentale : Être en meilleure santé et la maintenir le mieux possible, la vie durant.

 

Des exemples réels…

 

Au travers d’exemple, vous trouverez une illustration de ce propos. Les histoires sont des cas réels. Les prénoms sont évidemment fictifs.

 

L’histoire de Paulette illustre l’impact possible d’un stress intense aigu entraînant une pathologie cardiaque que les cardiologues connaissent très bien.

Cette histoire m’a beaucoup marqué, elle remonte à une vingtaine d’années quand je travaillais à l’hôpital de Bastia. Lorsque je vois Paulette pour la première fois, elle a 92 ans. Elle vivait avec Raymond. Ils se sont connus très jeunes, ont eu peu de soucis dans leur vie à deux et s’aimaient. Un jour, elle découvre Raymond inanimé dans son fauteuil, il est mort. Paulette éprouve une grande souffrance de la disparition de Raymond. Quelques heures après son enterrement, Paulette ressent des difficultés respiratoires, des douleurs thoraciques, un grand malaise général. L’électrocardiogramme réalisé met en évidence un possible infarctus du myocarde. En urgence, l’examen des artères coronaires (coronarographie) ne retrouve pas d’artère occluse et le ventricule gauche présente une grande ballonisation de la pointe et altération de sa fonction globale.

Un seul diagnostic est possible : le syndrome de Tako Tsubo ou syndrome du cœur brisé. Cette pathologie est liée le plus souvent à un grand stress émotionnel, plutôt chez des femmes âgées. Le tableau clinique ressemble à un infarctus du myocarde mais sans occlusion d’une artère. Le cœur de la patiente, submergé par les hormones du stress, se met à dysfonctionner. Les complications possibles sont l’insuffisance cardiaque ou un trouble du rythme mortel, confirmant que l’on peut mourir de peur ou de chagrin. Cela ne s’est pas produit pour Paulette qui a pu être soignée. Le fait remarquable est que cette affection récupère complètement en quelques jours, une fois que les hormones du stress sont revenues à un niveau plus bas.

Jean est affecté par des attaques de panique

Jean est un bon navigateur. Un jour lors d’une tempête, il connaît une première attaque de panique (comportement problème) dont le diagnostic est certain car tout le bilan médical qui suivra sera normal. Ce souvenir restera gravé dans sa mémoire, à partir de ce moment, il a peur (émotion) et pense au risque qu’une nouvelle crise de panique (pensée anticipative) puisse arriver notamment dans un endroit inapproprié. Quelques années plus tard, il présente un tableau de menace d’infarctus du myocarde et bénéficiera de la mise en place de stents coronaires (sortes de petits ressorts que l’on implante dans les artères). On ne peut évidemment pas faire de lien certain entre un stress chronique excessif lié à ce premier événement et la survenue d’une maladie coronaire ; en effet, son père avait présenté un événement cardiaque précoce, ce qui représente une hérédité coronaire possible. Malheureusement, les attaques de panique vont s’amplifier, se répéter dans des contextes différents (la généralisation).  Jean a finalement fait la démarche se faire aider pour se débarrasser de son trouble panique en débutant une thérapie cognitive et comportementale. Il est clair que Jean, en se débarrassant peu à peu de ce trouble, améliore sa condition de santé et sa qualité de vie.

 

Pierre a fait un grave infarctus du myocarde alors que tout allait bien jusque-là.

Pierre n’avait jusque-là pas de problème particulier, il avait un travail plaisant, il était heureux sur le plan familial. Dans ciel sans nuage, brusquement, il est hospitalisé pour des douleurs thoraciques qui révèle l’existence d’un infarctus en voie de constitution. Il bénéficie de soins en urgence avec la pose de stents après désobstruction de l’artère coupable de l’infarctus du myocarde. Malheureusement, il présente quelques complications et ne peut reprendre son travail. Peu à peu, il sombre dans une dépression intense. Il est nécessaire de mettre en place des antidépresseurs. Cet exemple illustre bien qu’un un épisode de stress majeur peut favoriser l’apparition d’une dépression sévère. Peu à peu, avec l’amélioration conjointe de son état cardiaque et le traitement antidépresseur accompagné d’un suivi psychologique, il reprend le goût à refaire des activités et envisage la reprise du travail.

 

Bruno est hypertendu.

Le médecin de Bruno dépiste une hypertension artérielle nécessitant un traitement médicamenteux. En ayant un peu trop surfé sur internet, Bruno commence à avoir des inquiétudes vis-à-vis des complications possibles de son hypertension et se met à prendre sa pression artérielle plusieurs fois par jour (30 à 40 fois). Il ne se déplace plus sans son appareil y compris au travail ou pendant les vacances. A l’idée que sa pression artérielle (pensée) soit élevée, il s’inquiète (émotion) avant même la prise de celle-ci (comportement). Comme elle est élevée à cause du stress généré, il prend à nouveau sa pression artérielle plusieurs fois de suite, développant ainsi un comportement compulsif (TOC). Nous avons dû organiser une mesure ambulatoire de la pression artérielle sur 24h (holter tensionnel en masquant les chiffres) pour lui démontrer que sa pression artérielle était bien stabilisée. Le traitement a été de lui proposer de se débarrasser de son appareil (contrôle du stimulus), ce que le patient a refusé. J’ai proposé une diminution progressive des compulsions de prise de mesure en visant un maximum de deux prises par jour une fois par semaine (exposition avec prévention de la réponse).

 

Ces différents exemples parlants permettent de comprendre le lien entre le stress excessif et les maladies cardiaques. La TCC aide à comprendre le processus et à proposer une solution thérapeutique.